Je vous ai déjà vanté, au fil d’anciennes chroniques, le bienfait de s’éloigner des côtes pour se régaler la chique. Les rapports y sont souvent plus authentiques, et les tarifs non pollués par les vues océaniques. C’est aussi l’occasion de s’évader lorsque l’on en ressent le besoin, avec comme point de chute des lieux qui vous font du bien. La nature verdoyante du Pays basque est un remède efficace contre les doutes qui nous frappent de pleine face. Et que dire de la sincérité des cuisines traditionnelles, qui s’étendent le long des vallées et de leurs chemins passionnels. Le mien, de chemin, devait m’amener vers un mignon village perché afin d’y découvrir des saveurs encore inexplorées. Et cela tombait à pic, puisqu’un rendez-vous moins attrayant précédait celui gourmand. Ma thérapie promettait d’être unique et ma faim n’était pas coupée par des chapitres de vie brumeux. Soyons à table heureux.
Lorsque je pénétrai dans l’auberge phare du village, je m’aperçus instinctivement que l’hospitalité n’était pas un mirage. La vieille bâtisse inspirait la confiance que l’on recherche chez un prêtre avant son mariage. J’étais attendu ce midi-là, ce qui était de fort bon présage ! Direction le comptoir pour becqueter devant un feu de cheminée, faisant crépiter une carte bien ficelée. Le chef se sentait à l’aise devant les douces braises, comme une salade se pavanerait devant une Piémontaise. Pendant que ma température corporelle grimpait en flèche devant le bûcher, le gargotier à carcasse imposante validait ma ripaille avec autorité. Je jetais mon dévolu sur un veau, qui passait du pré à ma mastique faite de respect. Mais avant de susurrer des mots réconfortants au broutard, je commençais la messe par une pomme dauphine à la truite fumée, originalité qui me laissait tout de même un peu dans le brouillard. Diable, que l’association est osée, vieille branche ! Voilà du panache dans un écrin intouchable, pour une assiette d’une élégance incontestable. L’équilibre devant mon museau était parfait avec ce testicule de cigogne doré, trônant fièrement au centre de mon amusement. Aussi, le sommet de ce vallon pané était recouvert d’un manteau heureux, grâce à de précieux petits œufs… Le gel citron, lui, allumait la machine de nos papilles comme un artificier devant un ciel qui brille. Le veau n’était vraiment pas encore dans mon esprit, lorsque je mettais un dernier joli coup dans le sorbet pamplemousse, qui ne fondait pas malgré mes passages de langue avertis. Mazette, cette entrée laissait une faim certaine pour la suite, mais aucune place pour qu’elle soit éconduite.

Une bonne heure plus tard, j’avalais les derniers marrons de mon dessert avec la conviction que je retournerai dans ce théâtre du panard. Le chef, un passant flairant la belle menthe, et moi, passions au digestif en discutant des valeurs nous animant. Lorsque vinrent le second, puis le troisième pousse-café, nous relevions nos ambitions de nos vies du moment. Avez-vous déjà enfermé trois ingénieurs de la NASA dans un café ?
Merci pour ce moment.