Qui a dit qu’il fallait obligatoirement être âgé pour avoir des habitudes ancrées ? J’affectionne énormément ces moments, au cours desquels nous faisons une mise à jour des péripéties de nos vies, avec bienveillance et devant belle pitance. La récurrence de ces rendez-vous permet de ne jamais oublier des hommes et des femmes, appartenant à au quotidien et à sa trame. Demander si autrui va bien est pour moi un automatisme, que malheureusement certains n’ont pas dans leur baratin. Concernant mon entrevue faisant l’objet de ma chronique que vous lisez, elle était gourmande, enrichissante, avec le partage comme mot clé. Le polisson que je rejoignais était de la même graine que moi, un invétéré passionné. Nous vivons grâce à nos excès, nous vibrons grâce notre sensibilité. C’est ainsi, et ce midi-là, le sandwich était permis.
Nous avions opté pour nous sustenter dans un écrin de notre ville de cœur, où la mangeaille de rue y est centrale comme dans un chantier une grue. Mon acolyte était heureux étant dans une sous-préfecture dont il est amoureux. D’ailleurs, le bougre idolâtre ses pavés irréguliers tel un fakir raffolerait de s’asseoir sur un couteau aiguisé. Diable l’asticot, profitons du présent et commandons vite nos repas aimants. Lorsque la loustic de la maison nous confiait que la suggestion avait sur rue pignon, mon choix devenait subitement un aller vers la raison. Inutile de me demander l’intitulé de mon casse-croûte, j’aurais peur d’oublier un aliment en route. La longueur de la dénomination est un mode qui arrive à me charmer seulement si le goût y est ! Et là mes espiègles souriceaux, nous étions dans l’éclatante saveur, celle qui vous procure un intense bonheur.
Le pain était comme les habitants de Vienne, viennois. Aussi, il s’avançait comme un parfait étui à des boulettes qui allaient m’offrir de la joie. Deux viandes garnissaient mon déjeuner, puisque le bœuf guinchait avec le cochon sur une scène colorée. Afin d’ingurgiter tout ce petit monde, les couverts m’aidaient dans mon entreprise loin d’être moribonde. Il n’y a que dans les publicités que l’on peut croquer ce genre de collation sans se tacher ! Et puis surtout, je me connais, à l’aise pour crotter mes bouts de tissu. Jadis, j’avais déjà vanté lors d’une chronique les bienfaits du sandwich, qui reste avec la belle masturbation, l’outil majeur du plaisir solitaire à son insu. Mon dû avait un côté transalpin, le rendant élégant et pigmenté par le soleil éternel. Du rouge grâce à la tomate, un pesto au basilic verdoyant, et une pellicule développée d’amour par devant grâce au parmesan. L’ami, lui, mastiquait intensément un burger au chapeau rose, rappelant les plus belles revues d’antan. Nous parlions rugby, rugby, et un peu de rugby pour finir nos cafés comme nous avions entamé nos retrouvailles, avec de la convivialité autour de la godaille.

L’heure était venue pour moi de prendre la direction de Toulouse, avec le sentiment qu’il ne faut jamais essayer de plaire à tous, seulement à ceux qui, si vous êtes malade, toussent. Nous bataillons, nous essayons chacun dans nos domaines de poursuivre nos rêves, afin qu’ils ne soient jamais en grève. Sachez que ce midi-là mes souriceaux, je n’avais qu’une requête, c’était faire la route avec entre les dents un petit bout de roquette.
Merci pour ce moment.